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Remaniement gouvernemental : La continuité ne suffira plus sans résultats concrets

Le nouveau remaniement gouvernemental opéré par le président Azali Assoumani s’apparente davantage à un ajustement technique qu’à une véritable refondation de l’action publique. En reconduisant douze ministres sur quinze, le chef de l’État confirme sans ambiguïté son choix de la continuité politique, au moment même où une large frange de la population exprime une lassitude croissante face à l’absence d’amélioration tangible de ses conditions de vie.

Présenté comme un signal de rééquilibrage, ce remaniement reste limité dans sa portée. Il traduit surtout une volonté de stabilisation de l’équipe gouvernementale, quitte à maintenir en place des responsables déjà critiqués pour leurs performances jugées insuffisantes. Or, dans un contexte socio-économique tendu, la stabilité ne peut plus être une fin en soi si elle ne s’accompagne pas de résultats visibles.

Les trois changements opérés touchent certes des secteurs stratégiques. Le ministère des Finances, véritable colonne vertébrale de l’action gouvernementale, intervient dans un contexte de forte pression budgétaire, de dépendance aux partenaires extérieurs et de défiance persistante sur la gestion des ressources publiques. À ce niveau, le changement ne pourra être crédible que s’il se traduit par une meilleure lisibilité des politiques économiques, une discipline budgétaire renforcée et une capacité réelle à défendre les intérêts du pays face aux bailleurs.

Le remplacement au ministère de la Justice est tout aussi révélateur. Dans un pays où les questions liées à l’État de droit, à l’indépendance de la justice et aux libertés publiques sont régulièrement soulevées, cette nomination est attendue comme un test. Plus qu’un simple changement de visage, l’opinion publique attend une justice plus accessible, plus équitable et moins exposée aux soupçons d’instrumentalisation politique.

Quant au ministère de la Jeunesse, de l’Emploi et des Sports, il cristallise à lui seul l’urgence sociale. Le chômage des jeunes, la précarité et l’absence de perspectives constituent aujourd’hui l’un des principaux foyers de frustration nationale. La nomination d’un ancien haut responsable de l’administration ne suffira pas à apaiser cette colère si elle ne débouche pas rapidement sur des politiques innovantes, inclusives et créatrices d’opportunités réelles.

En maintenant l’essentiel de son équipe, le président Azali fait le pari de la loyauté et de la continuité. Mais ce choix comporte un risque politique majeur : celui de prolonger les mêmes méthodes et, par conséquent, les mêmes résultats. Or, pour une population confrontée à la cherté de la vie, à la faiblesse des services publics et à l’incertitude économique, les ajustements cosmétiques ne répondent plus aux attentes.

Ce remaniement ne sera jugé ni sur l’équilibre politique qu’il préserve, ni sur les profils qu’il met en avant, mais sur sa capacité à transformer le quotidien des Comoriens. Il ne s’agit plus de gérer le pouvoir, mais de produire des effets concrets : emplois, justice crédible, finances publiques maîtrisées et perspectives pour la jeunesse.

À défaut, ce remaniement restera dans l’histoire comme un simple repositionnement interne, déconnecté des réalités sociales, et manqué face à l’urgence d’un véritable changement de cap. Les Comoriens, eux, n’attendent plus des annonces, mais des actes.

Comores Echos24

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