Face à la crise politique persistante aux Comores, le Dr Abdou Djabir, figure politique originaire de l’île de Mohéli, a livré une longue déclaration adressée à l’opinion nationale et internationale. S’exprimant exceptionnellement en langue française, il dit vouloir permettre à un public plus large, notamment international, de comprendre les raisons de son engagement et les revendications portées par le mouvement « La Voix de Mohéli ».
D’emblée, le Dr Djabir a exprimé sa reconnaissance à la communauté internationale pour son rôle historique dans la préservation de l’unité nationale comorienne, notamment lors des crises séparatistes qui ont secoué le pays à la fin des années 1990. Il a rappelé que cet accompagnement avait été décisif dans la signature de l’Accord-cadre de réconciliation nationale de Fomboni, le 17 février 2001.
Selon le Dr Djabir, l’Accord de Fomboni constitue le socle politique et juridique ayant permis de mettre fin aux tensions séparatistes entre les îles. Signé par les exécutifs de la Grande Comore, d’Anjouan et de Mohéli, et co-signé par des partenaires internationaux tels que l’Union africaine, l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Union européenne et la Ligue arabe, cet accord a débouché sur la Constitution du 23 décembre 2001.
Cette Constitution, rappelle-t-il, a instauré deux piliers essentiels : la présidence tournante entre les îles et l’autonomie insulaire, garantissant un équilibre politique et institutionnel. Pour le Dr Djabir, la période allant de 2001 à 2016 a été marquée par une relative stabilité politique, une alternance démocratique et un climat de libertés publiques sans précédent dans l’histoire récente du pays.
Le Dr Abdou Djabir accuse le président Azali Assoumani d’avoir rompu cet équilibre en remplaçant, en 2018, la Constitution issue du consensus national par une « constitution personnelle et controversée ». Il estime que cette réforme a permis au chef de l’État de se maintenir au pouvoir au-delà des limites prévues initialement, entraînant selon lui une concentration excessive du pouvoir, des atteintes aux libertés fondamentales et une remise en cause de l’État de droit.
« Nous sommes revenus à une situation de répression politique, d’exils forcés, d’arrestations arbitraires et d’élections contestées », affirme-t-il, estimant que cette dérive institutionnelle nourrit les frustrations insulaires et ravive les risques de tensions séparatistes.
Au cœur de la déclaration figure la revendication de la présidence tournante de 2026, que le mouvement La Voix de Mohéli considère comme un droit constitutionnel non négociable. Selon le Dr Djabir, le cycle normal de rotation a été interrompu, la Grande Comore ayant, selon lui, empiété sur les tours d’Anjouan puis de Mohéli. Il rejette fermement toute perspective de présidence tournante en 2029 sur la base de la Constitution actuelle, estimant qu’accepter ce schéma reviendrait à légitimer un « désordre constitutionnel permanent ».
Au-delà de la question de la présidence tournante, le Dr Djabir plaide pour une refondation profonde de l’État comorien, appelant à l’instauration d’un véritable État fédéral. Il propose que chaque île dispose de compétences élargies, de sa propre assemblée, d’un budget autonome et de mécanismes de gouvernance de proximité. Pour lui, l’hyper-centralisation du pouvoir à Moroni, notamment à la présidence de l’Union, est incompatible avec la réalité géographique, historique et socioculturelle de l’archipel.
Le Dr Abdou Djabir interpelle directement les partenaires internationaux signataires de l’Accord de Fomboni, qu’il considère comme moralement et politiquement responsables du respect des engagements pris en 2001. Il les exhorte à peser de tout leur poids afin d’obtenir un retour à l’ordre constitutionnel, une transition démocratique consensuelle et un cadre institutionnel stable garantissant la paix et l’unité nationale.
« Un État ne peut pas fonctionner sur la volonté d’un homme, d’un clan ou d’une famille », martèle-t-il, appelant à des règles communes, stables et respectées pour permettre aux Comores de sortir durablement de la crise.

