En se présentant à un septième mandat consécutif, Yoweri Museveni confirme son intention de rester aux commandes de l’Ouganda après près de quarante années de règne. À 81 ans officiellement, le chef de l’État incarne désormais une longévité politique exceptionnelle sur le continent africain, dans un pays dont la majorité de la population n’a jamais connu d’autre président.
Arrivé au pouvoir en 1986 à l’issue d’une guérilla victorieuse, Museveni dénonçait alors les dirigeants africains qui s’accrochaient au pouvoir. Quatre décennies plus tard, il est devenu l’exemple même de cette présidence sans alternance, rendue possible par des révisions constitutionnelles successives supprimant les limites d’âge et de mandats.
Ce septième mandat s’inscrit dans un contexte politique verrouillé. Le pouvoir exécutif, l’appareil sécuritaire et le parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale (NRM), sont étroitement imbriqués, réduisant considérablement l’espace de la compétition démocratique. Les élections précédentes, toutes remportées dès le premier tour par Museveni, ont été régulièrement marquées par des accusations d’irrégularités, de violences et de répression ciblant l’opposition.
La campagne actuelle ne déroge pas à ce schéma. Les principaux opposants font face à des arrestations, à l’interdiction de rassemblements et à une surveillance constante. L’opposant historique Kizza Besigye est emprisonné, tandis que Bobi Wine, figure de proue d’une jeunesse en quête de changement, voit ses activités entravées par les forces de sécurité. Dans ces conditions, la crédibilité du processus électoral est largement remise en question par les observateurs.
Le discours du président sortant repose sur la continuité et la préservation des acquis, résumés dans son slogan de campagne : « Protéger les acquis ». Museveni se présente comme l’homme de l’expérience, indispensable à la stabilité d’un pays entouré de crises régionales. Il invoque son rôle dans la pacification relative de l’Ouganda et dans la lutte contre les rébellions armées pour justifier la prolongation de son pouvoir.
Mais ce septième mandat cristallise aussi de vives critiques, tant sur le plan intérieur qu’international. Les atteintes répétées aux libertés publiques, la concentration du pouvoir, l’absence de débat sur la succession et l’adoption de lois controversées, notamment contre les minorités sexuelles, renforcent l’image d’un régime de plus en plus autoritaire.
Alors que plus des trois quarts des Ougandais ont moins de 30 ans, la reconduction de Yoweri Museveni interroge sur l’avenir démocratique du pays. Ce septième mandat apparaît moins comme un choix de transition que comme la poursuite d’un système politique figé, où l’alternance demeure une promesse lointaine et incertaine.

