Ancienne journaliste de l’Office de Radio et Télévision des Comores (ORTC), Fatima Ahamada occupe aujourd’hui le poste de ministre de l’Information, avec en charge un département directement lié au métier qu’elle a exercé durant de nombreuses années. Ce parcours suscite des attentes particulières au sein de la profession, notamment en matière de défense et de protection du journalisme au sein de l’action gouvernementale.
La ministre connaît les réalités du terrain médiatique comorien. Elle a elle-même évolué dans un environnement marqué par des contraintes professionnelles, des pressions diverses et des limites structurelles. Ces réalités persistent aujourd’hui et concernent de nombreux journalistes, qui expriment régulièrement des difficultés à exercer leur métier dans des conditions sereines, en particulier lorsqu’il s’agit de traiter des informations sensibles impliquant des personnalités publiques ou des institutions de l’État.
Dans un contexte où une partie de l’information demeure difficile d’accès et où certains sujets sont perçus comme délicats, la pratique journalistique s’effectue souvent avec prudence. Cette situation alimente un climat de retenue dans les rédactions et pose la question de la liberté d’informer, principe fondamental dans toute société démocratique.
Par ailleurs, l’évolution rapide des réseaux sociaux a profondément modifié le paysage médiatique comorien. La diffusion instantanée de contenus, parfois sans vérification, accentue la confusion entre information professionnelle et communication individuelle. De nombreux acteurs du secteur rappellent que le journalisme repose sur des règles précises : vérification des faits, respect des sources, responsabilité éditoriale et conscience de l’impact de l’information publiée. La simple détention d’un téléphone portable ne saurait, à elle seule, définir l’exercice du métier de journaliste.
Sur le plan de la formation, un constat s’impose. Malgré l’existence de plusieurs établissements d’enseignement supérieur aux Comores, aucun ne dispose actuellement d’un département spécifiquement dédié au journalisme. Cette absence de filière spécialisée limite les possibilités de formation académique locale et contribue à la fragilisation du secteur.
Dans ce contexte, des attentes sont exprimées à l’endroit du ministère de l’Information. La création de départements de journalisme à l’Université des Comores (UDC), ainsi que d’instituts spécialisés, est régulièrement évoquée comme une piste structurante. Une telle initiative permettrait de former des professionnels qualifiés, de renforcer l’éthique journalistique et de préserver un métier essentiel au fonctionnement démocratique.
En tant qu’ancienne journaliste devenue ministre, Fatima Ahamada se trouve à la croisée de ces enjeux. Son expérience professionnelle constitue un élément de compréhension des défis actuels du secteur. Pour de nombreux observateurs, la question demeure celle de la capacité des institutions à créer un environnement favorable à l’exercice libre, responsable et sécurisé du journalisme aux Comores.

