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Huitième candidature de Paul Biya : Une démocratie camerounaise en sursis

À 92 ans et après 43 ans de pouvoir ininterrompu, Paul Biya a officialisé sa candidature pour un huitième mandat présidentiel. Cette annonce, faite le 13 juillet 2025, soulève des interrogations fondamentales sur l’état de la démocratie camerounaise et la capacité du pays à se renouveler politiquement.

La candidature de Paul Biya s’inscrit dans un paradoxe saisissant : comment un homme de 92 ans, dont les apparitions publiques se raréfient depuis plusieurs années, peut-il prétendre diriger efficacement un pays de plus de 27 millions d’habitants ? La déclaration de candidature elle-même évoque “des appels pressants” pour justifier cette nouvelle candidature, mais ces appels émanent-ils réellement de la population ou constituent-ils une mise en scène politique ?

Cette huitième candidature consacre l’institutionnalisation d’une gérontocratie qui paralyse le renouvellement politique camerounais. Depuis 1982, Paul Biya a progressivement façonné les institutions pour assurer sa pérennité au pouvoir. Les modifications constitutionnelles successives, notamment la suppression de la limitation du nombre de mandats en 2008, ont transformé la présidence en un système quasi-monarchique.

L’un des aspects les plus troublants de cette candidature réside dans l’absence physique notoire du président sortant. Ses longues périodes d’absence du territoire national et ses rares apparitions publiques alimentent régulièrement des rumeurs sur son état de santé. Comment un dirigeant dont la présence effective est mise en doute peut-il prétendre assumer les responsabilités écrasantes de la fonction présidentielle ?

L’organisation d’élections présidentielles dans un contexte où le résultat semble joué d’avance pose la question de l’utilité de ces consultations. Les ressources financières et humaines mobilisées pour un scrutin dont l’issue ne fait guère de doute auraient pu être affectées à des priorités de développement. Cette situation transforme l’exercice démocratique en une coûteuse formalité.

La longévité du règne de Paul Biya a contribué à l’étouffement progressif des alternatives politiques crédibles. L’opposition, fragmentée et parfois cooptée, peine à proposer un projet alternatif convaincant. Cette situation n’est pas fortuite : elle résulte d’une stratégie délibérée de contrôle de l’espace politique qui a privé le Cameroun de la diversité démocratique nécessaire à son développement.

Le contraste est frappant entre le potentiel intellectuel du Cameroun et son incapacité à produire une alternance politique. Le pays dispose d’une élite éduquée, mais celle-ci semble résignée ou contrainte de se plier à un système qui privilégie la loyauté sur la compétence. Cette situation pose la question de la responsabilité des intellectuels camerounais dans la perpétuation d’un système qu’ils critiquent en privé mais acceptent en public.

La candidature de Paul Biya s’inscrit également dans un contexte géopolitique où certaines puissances étrangères privilégient la stabilité apparente à la vitalité démocratique. Cette complaisance internationale contribue à légitimer un système qui, paradoxalement, pourrait générer à terme l’instabilité qu’elle prétend prévenir.

Le Cameroun se trouve à la croisée des chemins. La perspective d’un huitième mandat pour un nonagénaire soulève des questions existentielles sur l’avenir du pays. La transition post-Biya, qu’elle soit volontaire ou imposée par les circonstances, devient une urgence nationale qui ne peut plus être différée.

Cette huitième candidature pourrait marquer l’entrée du Cameroun dans une impasse démocratique durable. En l’absence d’un renouvellement politique, le pays risque de se retrouver dans une situation où la stabilité apparente masque une fragilité institutionnelle croissante. L’histoire récente de l’Afrique montre que les transitions brutales sont souvent le prix à payer pour des décennies de blocage politique.

La candidature de Paul Biya à 92 ans constitue un défi majeur pour la démocratie camerounaise. Elle interroge la capacité du pays à se projeter dans l’avenir et à offrir à sa jeunesse des perspectives politiques renouvelées. Au-delà de la personnalité du président sortant, c’est tout un système qui doit être repensé pour permettre au Cameroun de retrouver le chemin du progrès démocratique et du développement durable.

L’avenir du Cameroun ne peut se résumer à la perpétuation d’un homme, fût-il président depuis plus de quatre décennies. Le pays mérite mieux qu’une démocratie de façade et une gouvernance par procuration. Il est temps que les forces vives de la nation se mobilisent pour construire une alternative crédible et ouvrir la voie à une véritable alternance démocratique.

aliou

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