La crise des déchets aux Comores atteint un point critique. Dans l’archipel, l’absence totale d’infrastructures de gestion des ordures transforme chaque jour davantage le paysage en dépotoir à ciel ouvert. Cette réalité préoccupante touche particulièrement Moroni, la capitale, où déchets et habitants cohabitent dans un environnement de plus en plus dégradé.
La situation est sans appel : aucune structure de gestion des déchets n’existe actuellement aux Comores. Pas de poubelles dans l’espace public, aucun service de collecte organisé, ni filières de tri ou de recyclage. Cette carence systémique pousse les habitants vers des pratiques dangereuses : incinération sauvage, abandon dans la nature, déversement sur les plages et dans les cours d’eau. Le paradoxe est frappant : même les matériaux à forte valeur de recyclage comme les bouteilles plastiques, canettes métalliques ou cartons ne font l’objet d’aucune récupération, pas même artisanale. Cette situation engendre une pollution silencieuse mais constante qui menace directement la santé publique, l’écosystème local et la qualité de vie des Comoriens.
Quelques tentatives ont néanmoins vu le jour ces dernières années. En 2020, un service public de collecte avait été annoncé mais n’a jamais vu le jour. En 2025, des études stratégiques ont été lancées sur la problématique. Récemment, des réflexions sur la Responsabilité Élargie du Producteur ont été entamées. Malgré ces démarches, le fossé entre intentions et réalisations concrètes reste béant. Les rapports s’accumulent, les promesses se multiplient, mais les déchets continuent leur prolifération destructrice.
C’est dans ce contexte d’urgence que l’équipe de Plastic Odyssey a récemment accosté à Mutsamudu, sur l’île d’Anjouan. Leur mission : accompagner les acteurs locaux vers des solutions pragmatiques et pérennes. Parmi ces acteurs, Nassim, fondateur de RecyVie, développe un projet novateur : créer un service privé de collecte et de valorisation des déchets pour compenser l’absence de politique publique efficace. Cette initiative privée pourrait servir de modèle et démontrer la faisabilité d’une gestion moderne des déchets dans l’archipel.
Il est essentiel de briser le cycle destructeur actuel. Brûler ses ordures dans un terrain vague ou les abandonner dans un ravin ne constitue pas une solution durable. Des alternatives existent, mais leur mise en œuvre nécessite une mobilisation à plusieurs niveaux : une prise de conscience collective pour sensibiliser la population aux enjeux environnementaux et sanitaires, un engagement politique fort pour développer une véritable stratégie nationale de gestion des déchets, et un soutien aux initiatives locales pour encourager les projets privés et associatifs innovants.
La crise des déchets aux Comores n’est plus une problématique future : elle est là, visible, et ses conséquences s’aggravent quotidiennement. Chaque déchet non traité aujourd’hui se transformera demain en pollution des sols, contamination des eaux, prolifération de maladies et pertes économiques considérables. Il est temps de passer de l’observation à l’action, des études aux réalisations concrètes. L’avenir environnemental et sanitaire des Comores se joue maintenant, et chaque jour d’inaction aggrave l’ampleur du défi à relever.

