Aux Comores, une récente séquence institutionnelle suscite une vive controverse et ravive les inquiétudes autour de l’indépendance de la justice. La présence remarquée d’un magistrat de la Cour suprême aux côtés du Secrétaire général du Gouvernement et du ministre de la Justice lors d’une conférence de presse officielle a profondément marqué l’opinion publique. Pour Me Saïd Larifou, avocat et figure politique comorienne, cet épisode dépasse largement le cadre d’un simple incident protocolaire : il révèle une fragilisation inquiétante des fondements de l’État de droit.
Selon lui, cette apparition conjointe illustre une confusion grave entre les pouvoirs exécutif et judiciaire. « Lorsqu’un juge de la plus haute juridiction se retrouve associé à une communication gouvernementale, c’est la frontière constitutionnelle entre les institutions qui se trouve brouillée », estime-t-il. Une telle proximité, ajoute-t-il, porte atteinte à l’équilibre institutionnel et à la crédibilité de la justice.
Depuis plusieurs années, les autorités comoriennes, sous la présidence du colonel Azali Assoumani, mettent en avant une stratégie visant à attirer les investissements étrangers, en insistant sur la stabilité institutionnelle et la sécurité juridique. Toutefois, Me Saïd Larifou juge ce discours en contradiction avec les faits observables. « La confiance des investisseurs repose avant tout sur l’existence d’une justice indépendante et impartiale. Or, l’image donnée par cette mise en scène institutionnelle suggère une justice alignée sur l’exécutif », analyse-t-il.
Un signal négatif, selon lui, pour tout opérateur économique susceptible d’être confronté à un contentieux impliquant l’État ou des intérêts proches du pouvoir. L’avocat rappelle que la Constitution de l’Union des Comores établit une séparation stricte des pouvoirs, conçue comme un pilier essentiel de la démocratie. Les dispositions constitutionnelles consacrant l’indépendance de la magistrature ne laissent, selon lui, aucune place à l’ambiguïté. « Cette indépendance ne se limite pas à des textes : elle doit se traduire par des comportements, une retenue et une distance visibles », souligne-t-il.
La participation d’un magistrat à une communication politique est perçue comme une entorse au devoir de réserve, susceptible d’affaiblir la confiance des citoyens dans l’impartialité de l’appareil judiciaire. Pour Me Saïd Larifou, ces éléments démontrent une maîtrise approfondie du droit positif et de ses implications lorsque les normes constitutionnelles sont dévoyées de leur esprit.
Au-delà de l’incident lui-même, l’avocat s’inquiète d’une évolution plus profonde. La Cour suprême, censée constituer le dernier rempart contre l’arbitraire, risque de voir son image altérée. « Lorsqu’elle apparaît comme un prolongement du pouvoir exécutif, le citoyen perd l’assurance d’un recours effectif et équitable », avertit-il. Cette situation pourrait, selon lui, favoriser des pratiques opaques, nourrir un sentiment d’injustice et accentuer l’insécurité juridique, avec des répercussions durables sur la cohésion sociale et la stabilité politique.
L’objectif affiché de rassurer l’opinion et les acteurs économiques apparaît, aux yeux de Me Saïd Larifou, totalement manqué. « On ne consolide pas la confiance en exposant une justice perçue comme dépendante. On produit l’effet inverse », tranche-t-il. Il met également en garde contre les risques sociaux : lorsque les institutions perdent leur crédibilité, les tensions cessent d’être canalisées par des mécanismes légaux et peuvent dégénérer en crises plus profondes.
Face à cette situation, Me Saïd Larifou appelle à un réveil des consciences au sein des institutions comoriennes, en particulier de la magistrature. « Les juges n’ont pas vocation à servir un pouvoir ou un régime, mais la Loi et le peuple », rappelle-t-il.
Selon lui, la restauration de la confiance passe par un retour strict aux principes fondamentaux : indépendance, retenue et respect des rôles institutionnels. À défaut, prévient-il, l’État de droit risque de demeurer une promesse non tenue, tandis que les ambitions de développement économique pourraient se heurter à une réalité institutionnelle fragile.

