Réaction à la participation du colonel Azali à la conférence UNOC-3 à Nice
Suite à la participation du colonel Azali à la conférence UNOC-3 organisée dans la ville de Nice, nous ne pouvons que constater, avec consternation, que le président Emmanuel Macron semble ignorer — ou feint d’ignorer — la réalité politique dramatique que vivent les Comores. Il est certes dans le droit du président français d’inviter qui il souhaite, indépendamment de sa position politique. Toutefois, ce qui nous choque profondément, c’est de voir une telle complaisance vis-à-vis d’un dirigeant reconnu pour sa dérive autoritaire et pour les graves violations des droits humains commises sous son régime.
Le président Macron ne peut prétendre ignorer les assassinats politiques, les atteintes à la liberté d’expression, les emprisonnements arbitraires et les crimes contre l’humanité perpétrés par le régime d’Azali Assoumani. Pourtant, malgré les multiples alertes et dénonciations portées par la société civile comorienne, la diaspora et plusieurs ONG internationales, la France continue de traiter ce dictateur comme un interlocuteur légitime.
Ce double discours est insupportable. Chaque jour, les chaînes de télévision françaises prônent les valeurs de démocratie, de liberté, de droits de l’homme. Et pourtant, dans les faits, on observe une indifférence totale lorsque ces principes sont piétinés aux Comores. Le président Macron, à travers ses discours, donne l’image d’un défenseur de la démocratie. Mais derrière les rideaux diplomatiques, c’est une toute autre réalité : une complicité passive, voire active, avec un pouvoir répressif.
Aujourd’hui, en tant que membre engagé dans la lutte contre la dictature, je n’arrive plus à accorder du crédit aux prises de parole du président français. Entre ce qu’il affirme publiquement et ce qu’il accepte dans le silence diplomatique, le fossé est immense. La situation aux Comores illustre bien ce cynisme international. Le peuple comorien est abandonné, ignoré, comme s’il n’existait pas. Ni la communauté européenne, ni l’Union africaine, ni même l’ONU ne semblent vouloir réellement agir face à la dérive dictatoriale en cours dans notre pays.
Les élections présidentielles de 2019 à 2024 en sont un exemple flagrant : mascarades électorales, fraudes massives, absence de transparence. En 2019, malgré les graves irrégularités, les institutions internationales ont validé le scrutin. En 2024, ces mêmes institutions sont revenues, prétendant garantir des élections libres et justes, mais le scénario s’est répété à l’identique. Comment ne pas y voir une complicité ? Comment faire encore confiance à ces organismes qui cautionnent de telles dérives ?
Aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être orphelins sur la scène internationale. Les Comores, pourtant connues pour leur beauté et leur richesse culturelle, sont devenues une terre de silence et de souffrance. La voix du peuple comorien ne trouve aucun écho auprès de ceux qui prétendent défendre les droits humains.
Je prends la parole avec gravité, mais aussi avec espoir que ce cri d’indignation soit entendu. Nous ne demandons ni privilège ni faveur, seulement le respect des principes universels que la France et ses partenaires internationaux ne cessent de promouvoir ailleurs. Il est temps que ces principes soient aussi appliqués aux Comores.
SOULE MOHAMED

