Depuis l’arrivée au pouvoir du Président Azali Assoumani, les Comores sont régulièrement pointées du doigt pour une détérioration de la situation des droits humains, marquée par une série d’arrestations et de condamnations d’opposants politiques, d’activistes et même d’anciens dignitaires. La liste des personnes détenues, qualifiées par certains d’« prisonniers politiques », s’est allongée, suscitant des préoccupations nationales et internationales quant à l’état de la démocratie et de la justice dans l’archipel.
Le régime d’Azali Assoumani, qui a consolidé son pouvoir au fil des ans, notamment par une révision constitutionnelle controversée en 2018, est accusé de museler toute voix dissidente. Cette révision a notamment permis au président de briguer un nouveau mandat et a supprimé la rotation de la présidence entre les îles, une mesure clé pour l’équilibre politique comorien.
Plusieurs affaires judiciaires ont particulièrement retenu l’attention, soulevant des doutes quant à l’équité des procès et à l’indépendance de la justice. Parmi les cas emblématiques figure celui de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, placé en résidence surveillée en mai 2018 puis détenu à Voidjou. Son arrestation et son maintien en détention prolongée ont été largement critiqués comme étant motivés par des considérations politiques.
L’affaire de la Médina de Mutsamudu (Anjouan), survenue en octobre 2018, a également conduit à l’arrestation et à la condamnation de nombreuses personnes. Des figures telles que Salami Abdou, gouverneur de l’île d’Anjouan, et plusieurs de ses collaborateurs ou sympathisants, ont été condamnés à de lourdes peines de prison ferme par la « cour de sûreté », dont la légitimité et l’impartialité sont contestées par l’opposition et les organisations de défense des droits humains. Les chefs d’accusation dans ces affaires sont souvent liés à des atteintes à la sûreté de l’État ou à des troubles à l’ordre public, des accusations que les détracteurs du régime jugent politiquement instrumentalisées.
De même, l’« affaire des mines » et l’« affaire du colis piégé » ont entraîné une vague d’arrestations et de condamnations, touchant des individus aux profils variés, allant de responsables locaux à de simples citoyens, et même des réfugiés comoriens expulsés de Mayotte. Les conditions d’arrestation, parfois marquées par des allégations de torture, ainsi que les procédures judiciaires, souvent jugées opaques, ont alimenté les inquiétudes.
La Cour de Sûreté de l’État, souvent mentionnée dans les condamnations de ces affaires, est perçue par beaucoup comme un instrument du pouvoir en place. Ses décisions, souvent perçues comme hâtives et sévères, renforcent l’idée d’une justice utilisée pour éliminer l’opposition et réprimer toute forme de contestation. Les avocats des détenus ont régulièrement dénoncé des violations des droits de la défense et l’absence de procès équitables.
Au-delà des personnalités politiques de premier plan, cette répression touche également des journalistes, comme Hadji Soifayini, ou des citoyens ordinaires, dont certains ont été arrêtés après avoir été expulsés de Mayotte, soulevant des questions sur la coopération judiciaire internationale et le respect des droits des demandeurs d’asile.
Cette situation a des conséquences profondes sur la vie politique et sociale des Comores. Elle crée un climat de peur et d’autocensure, étouffant le débat public et limitant l’espace démocratique. Les organisations internationales de défense des droits de l’homme, ainsi que certains pays partenaires, ont exprimé leur inquiétude face à ces dérives et ont appelé le gouvernement comorien à respecter ses engagements internationaux en matière de droits de l’homme et à garantir des procès équitables.
La libération de ces « prisonniers politiques » est une revendication constante de l’opposition et de la société civile, qui estiment qu’un véritable dialogue national et la réconciliation ne pourront s’opérer sans une amnistie générale et le respect des libertés fondamentales.

