À Dakar, la défense du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a détaillé, ce lundi 22 décembre 2025, les fondements du recours en révision engagé dans l’affaire de diffamation qui l’avait opposé en 2023 à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang. Pour les avocats, parmi lesquels figure le Comorien Me Saïd Larifou, la démarche n’est ni politique ni électorale, mais strictement judiciaire, guidée par la recherche de la vérité et la réparation d’une injustice.
Avocat au barreau des Comores et connu pour son engagement sur les questions de droits et de démocratie sur le continent africain, Me Saïd Larifou a tenu à dissiper toute confusion. Le recours en révision, a-t-il expliqué, « n’a absolument rien à voir avec l’éligibilité de M. Ousmane Sonko », laquelle est, selon lui, définitivement acquise. Il rappelle que l’actuel Premier ministre est inscrit sur les listes électorales et qu’il a conduit une liste victorieuse lors des dernières élections législatives sénégalaises, validée par le suffrage populaire.
Pour l’avocat comorien, l’enjeu est ailleurs. Il s’agit de réparer une erreur judiciaire qu’il juge lourde de conséquences, non seulement pour son client, mais aussi pour la démocratie sénégalaise. « Le cœur du combat est de rétablir les droits qui ont été violés et une vérité qui n’aurait jamais dû être confisquée », a-t-il déclaré, évoquant une condamnation qu’il qualifie d’« anomalie démocratique » et une atteinte à la dignité d’un responsable politique majeur.

Me Saïd Larifou a également insisté sur une distinction qu’il estime essentielle dans le débat public africain : celle entre amnistie et innocence. L’amnistie, rappelle-t-il, est un mécanisme légal d’apaisement politique, mais elle ne saurait tenir lieu de reconnaissance de l’innocence. « C’est précisément pour cela que la révision est nécessaire », a-t-il souligné, la présentant comme une démarche de justice et de vérité, loin de tout compromis politique.
Face aux accusations de privilège ou de traitement de faveur, la défense invoque le droit commun. La procédure de révision, ont rappelé les avocats, est prévue par la loi sénégalaise et ouverte à tout citoyen disposant d’éléments nouveaux susceptibles de remettre en cause une décision définitive. « Il ne s’agit pas d’une faveur, mais de l’application stricte de la loi », a insisté Me Larifou, y voyant un principe fondamental de l’État de droit, valable à Dakar comme à Moroni ou ailleurs sur le continent.
Sur le fond du dossier, Me Macodou Ndour a dénoncé ce qu’il considère comme une manipulation judiciaire ayant conduit à la condamnation de son client. Selon lui, la décision reposait sur une affirmation mensongère selon laquelle Ousmane Sonko aurait diffamé Mame Mbaye Niang dans l’affaire du PRODAC. Il évoque une « cabale administrative et judiciaire » et précise que la procédure de révision a déjà franchi plusieurs étapes institutionnelles.
Une commission spéciale composée de hauts magistrats sénégalais a émis un avis favorable à l’examen du recours. Le dossier a ensuite été transmis par le Garde des Sceaux au Procureur général, lequel doit saisir le Premier président de la Cour suprême. Si la demande est jugée recevable, l’affaire sera rejugée par une nouvelle Cour d’appel. En cas de relaxe, la défense n’exclut pas des actions en réparation pour condamnation injustifiée.

Prenant également la parole, Me Ciré Clédor Ly a rappelé que la révision constitue, dans de nombreux systèmes judiciaires africains hérités du droit français, une voie de recours exceptionnelle mais fondamentale. Elle permet, selon lui, de remettre en cause l’autorité de la chose jugée lorsqu’une erreur judiciaire est établie. La demande repose notamment sur l’apparition d’un élément nouveau majeur : le rapport du PRODAC, dont l’existence avait été contestée lors du procès initial et qui a refait surface depuis l’accession d’Ousmane Sonko à la Primature.
L’avocat a vivement critiqué le déroulement du procès de 2023, évoquant des violations du droit à un procès équitable et des irrégularités procédurales. Il a par ailleurs tenu à rassurer sur la situation juridique actuelle de son client, affirmant qu’Ousmane Sonko demeure électeur et éligible, et que ce statut ne souffre, selon lui, d’aucune ambiguïté juridique.
La ministre sénégalaise de la Justice, Yacine Fall, a officiellement saisi la Cour suprême pour l’examen de cette demande de révision. Si elle aboutit, la procédure pourrait faire date dans l’histoire judiciaire du Sénégal. Pour Me Saïd Larifou, au-delà du cas Sonko, l’enjeu est continental. « Une justice indépendante, à l’abri des pressions politiques, serait une leçon précieuse pour l’Afrique », a-t-il conclu, estimant que le préjudice allégué dépasse la personne du Premier ministre et concerne l’ensemble des citoyens attachés à la démocratie et à l’État de droit.

